LES YEUX-BRAGUETTES
Extraits : « LES YEUX-BRAGUETTES » d’Hèlène Beaurivage.
En vente... sous Les Editions La Bruyère.
Plus tard dans la matinée, quand les shampoings furent terminés, Madame Boyer partit avec son cabas à la main pour faire ses courses dans le quartier. Elle m’emmena avec elle chez l’épicière du coin, puis chez le boucher. Le magasin était plein à craquer! Elles durent attendre leur tour dans la file d’attente, comme tout le monde. Heureusement, les dames semblaient toutes se connaître et se saluèrent avec beaucoup de respect. Elles commencèrent à discuter entre elles à propos du beau temps, des vacances et de leurs enfants. L’une d’elle se courba jusqu’à moi et me dit d’un air jovial et amusé:
- Alors ça y est c’est les vacances ! Tu dois être contente d’être chez Mamie !
Il en fallait bien peu pour que je ressente aussitôt la rougeur empourprer mes deux joues. Le silence parmi toutes ces dames était devenu absolu. Je ne savais plus où poser les yeux. J’osai juste balbutier un petit « oui » à peine inaudible et préférai vite sourire pour clôturer l’affaire. Mais la dame continua de plus belle :
- En tout cas Madame Boyer vous avez une bien jolie petite fille !
Elle se pencha un peu plus pour regarder mes yeux bleus. Elle semblait soudain en admiration devant eux :
- Ohlala! Qu’est-ce que j’aurai aimé avoir des yeux bleus aussi beaux ! Ils sont extraordinaires ! Continua-t-elle en s’adressant également aux personnes qui se trouvaient dans la boutique.
- Plus tard ma mignonne…tu n’as pas fini d’en faire « péter » des braguettes !
Tout le monde alors se mit à rire ! Même ma grand-mère riait de bon cœur avant de me dire en soupirant :
- Ma pauvre ! Qu’est-ce qu’elle te raconte là ! N’écoute surtout pas ses bêtises !
Je n’avais strictement rien compris mais elle ne semblait pas choquée et semblait, elle aussi, amusé par cette plaisanterie. Aussi je souris et restai silencieuse jusqu’au moment où nous ressortîmes enfin du magasin. Toute la matinée, je repensai à cette allusion qui avait eu l’air si amusante! J’avais beau réfléchir et me creuser la cervelle dans tous les sens:
« Quel rapport il pouvait bien y avoir entre mes grands yeux bleus et les braguettes des pantalons ! Les grandes personnes parfois avaient vraiment de drôles d’idées ! »