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Poèmes Épars, Le site.

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Ce blog recueille les activités des membres de Poèmes Épars ainsi que celles de nombreux intervenants, collaborateurs et amis, au programme : Art, Culture, Poésie, Littérature, Peinture, Photographie, Sculpture, Musique, Politique ...


Marie L, « Porte 8 », Par Jean-Paul Gavard-Perret.

Publié par POEMES_EPARS sur 26 Août 2014, 16:52pm

Catégories : #Photographies d'Art

Marie-L.jpg

Aux nuits de la luciole

 

Marie L, « Porte 8 », Editions United Dead Artists, Paris,  non paginé, 2012

 

 

 

Existe-t-il d'autres passages que par la "porte 8" ?  Non sans doute pour celle qui parfois n'appartient plus à personne sinon au monde nocturne.

 

Dans le local où elle descend Marie L devient la mélancolie du monde. La soie de son corps n'est revêtu que de belles chaussures à talons hauts. Ce corps semble soudain glisser de son fantôme. Il se fait charpie et bloc. De son visage on ignorera tout. L'auteure se veut rough girl, tord le cou aux fantasmes tout en les attirant. D'une photo à l'autre un rythme s'éventre, remonte, rampe, Typhon, cyclone, trombe dans ce corps muet, accroupi, allongé. Hiératique. Mais sensuel aussi. Il semble à sa manière danser au sein l'auto-fiction plastique que Marie L invente à la nuit tombée, au fond de son immeuble.

 

Que penseraient les autres locataires s'ils savaient ce qui se passe sur le béton du local à poubelles ? Sans doute lâcheraient-ils les chiens là où le violent scelle. L'artiste remue, se tord devant son appareil. Cela tient d'un rituel tragique, d'une cavale masochiste et magique. Marie L fait sauter le loquet des lois. Le nu c’est l’alibi. Pour mieux s’exécuter, obéir à soi-même pour paradoxalement ne pas se ressembler. Etrange, étrange appel et mortification idem. Tenter tout  : de face, de profil, de dos jusqu'à sucer le béton.

 

 Après, dormir beaucoup. Mère perdue, fille trouvée. Voir l’ombre de son sexe vaguement se dessiner, surgir, s’avancer. Mais est-ce bien  une ombre ?  Le corps brisé, prêt à se déboîter vient là pour se recomposer  et supporter l'existence.  À l’heure dite, toujours la même, le local se métamorphose en sa forêt des songes. Marie L y réinvente son cri. Silencieux ce cri pour éviter les soupçons de voisinage. Remuant les jambes pour s'agenouiller elle ose se faire larve pour se disséquer. Pour s’écarter du temps et de tout ce que le réel empêche de penser.

 

Les photographies du trou noir du lieu deviennent phosphoriques. Une force de vie en remonte à mesure que Marie L s'y enfonce, donnant – donnant tout , offrant son corps au royaume des ombres dans la nudité.

Faible lumière diffuse

Corps secoué jusqu’au dernier frisson

Reste sa colonne dernière.

Sa descente aux enfers

Hors de la vie ?

Hors du corps ?

Pas loin de son esprit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

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