HYMNE À LA PIETÀ
Un bloc de marbre blanc
Et la fougue de ses vingt ans
Sa main se met à frôler la matière
et se fait aventurière
Il s’enhardit et saisit
de son mauvais caractère
son burin qui maltraite
le géant tout d’un seul tenant
Il façonne la meurtrissure
L’infinie blessure
La beauté écorchée
La souffrance au bel aspect
Le grand corps abandonné
De l’enfant à la Madone
Tant aimé, il est là dans ses bras
Comme au premier jour
Elle ne le cherche plus,
Elle le vit, elle le sait
Il n’est pas endormi,
Elle est forte Marie
Dans les bras on lui a placé le trophée
De l’humaine ignominie
La trahison des amis
L’aveuglement des gens
La négligence, la méchanceté
L’indifférence, la mécréance
L’impuissance, l’infamie,
L’orgueil, l’oubli.
Michel-Ange fait pleurer
Les foules en procession
Ou les fait trembler.
Il nous signifie d’un seul tenant
Que nous sommes tous des pénitents
Toi qui pénètres au Vatican,
Les yeux ouverts, tout grands,
Tu verras là, à l’entrée
L’inimaginable œuvre humaine
L’impossible équation
Entre perfection et affront
Entre amour et abandon
Entre martyr et beauté.
Tu en ressortiras ivre de sublimité,
Mais pour toi, dorénavant,
Rien ne sera jamais plus
Comme avant.//.
Hélène Eftimakis
Hymne à la Pietà
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