Fragiles
La branche était devenue trop mince
Pour rêver encore
Et mes ailes s’endormaient
En une attente et un vide.
De l’œuf je n’étais sorti que trop mal,
Errances, défaillances, impasses
Ayant remplacé les conquêtes
Et l’adaptation au monde.
Seul, l’esprit meurt,
Et j’en étais là.
Mais d’autres solitudes sur d’autres branches
Ont entamé le dialogue.
« Quoi faire ? », entendis-je
En une multitude de voix affaiblies.
« Rien », répondis-je.
« Rien », répondirent d’autres voix.
Et nous parlâmes.
Et ce « rien », nous nous le racontâmes,
Petitement.
Sans fausse pudeur, dans une confiance instinctive
D’oiseaux blessés privés de ciel.
Et des rires insolites, des rires à pleurer
Des vrais rires d’espoir
Et de vie qui veut renaître
Zébrèrent nos échanges
Et notre douleur.
Tous se racontèrent.
L’un avait le bec abîmé, l’autre une patte blessée.
L’un avait peur, l’autre ne savait plus…
L’azur était loin,
Mais il nous mordait déjà moins l’âme,
Et nous nous laissions aller
A l’oublier un peu…
Jour après jour,
Nos marais se firent moins sinistres,
Nos ailes moins lourdes,
Nous réapprîmes à voler,
Ensemble.
Et il naquit,
De nos espaces maigres,
De vraies aventures.
Oh, ce n’était pas l’Afrique, certes,
Ni Rio ni la baie de Cook,
Mais l’effroi de la solitude
Et de l’échec avait quitté nos cœurs.
Hier si laids,
Nous nous surprenions à être beaux.
Hier si faibles,
Nous nous surprenions à nous sentir forts.
-On raconte que des passants virent un matin,
Sortant du bruit des villes,
Une nuée d’oiseaux disparates,
Unissant moineaux, hirondelles, oies et canards,
Palombes, pigeons et flamands,
En une association incongrue et un peu folle
- il y avait même un aigle-
Voler d’un même élan pour de plus beaux rivages.
De la foi, du désir et une force étrange,
Déconcertante,
Emanaient d’eux.-
Le 22 Avril 2010
F. Mermet Extrait de "Les Orpailleurs de l'impossible""
http://www.lesgrillesdor.com/kiosques/item/entretien-avec-frederic-mermet.html link
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Peinture de Mireille Bacot...