L'IMPOSTURE DE L'ART: UN DISCOURS POUR PERSONNE
OU UNE JOUISSANCE COLLECTIVE
PIERRE ANDRE
Aujourd'hui, l’art comme domaine séparé de la production utilitaire établit une relation qui permet d'identifier dans un même échange, une œuvre, son créateur et le récepteur, le destinataire de cette œuvre.
Cette médiation affirme les relations entre le primate capable de s'autoproclamer homme et le milieu dans le quel cet animal vit et cherche à communiquer avec son entourage extérieur. »
Le geste dit "artistique" qui tente à légitimer cette usurpation dominatrice au sein du monde animal devient l’expérience d’une relation particulière qui traduit une réalité dépassant le sensible, un au-delà.
L'émergence de ces intuitions trans-sensibles est aussi antérieure à la modélisation, calquée sur celle des sciences expérimentales.
L'art qui se contente d'exprimer un monde intérieur, traduit qu'' une subjectivité ; il existe au-delà des objets formalisés qui tendent à faire naître la notion idéologique du " spirituel "dans le champ de l’expérience commune qui est le lieu du théâtre de la posture.
Avant d'être transcrite dans la notation, la mélodie existe et c'est le son qui la révèle .
La couleur apparaît comme la vibration de l'espace.
La poésie donne la parole aux mots eux-mêmes, comme si elle n'était le discours de personne.
Il ne reste qu'à ce primate évolué qui a opéré sa sortie de la Jungle pour la fantasmer comme Nature qu'à révéler un mouvement inhérent à une dimension sensible du monde.
Comme toute l'action anthropologique est un jeu continuel qui est celui de la représentation, où on ne peut opposer une vérité impossible à un mensonge délibéré, toutes les activités humaines sont ontologiquement des impostures profanes et sacrées.
L’homme est condamné pour éviter sa perte à produire des concepts civilisationnels agissants qui légitiment l'imposture de son ascension, sous forme de discours construit ou scénari prémédités
Ce discours s’établit comme un mensonge nécessaire et indispensable, permettant de maintenir la cohésion sociale d'un groupe, ou même la survie d'un individu en tant qu'acteur social qui pour ne pas être exterminé autoproclame sa soi-disant "part de divin"
Pour se maintenir dans cette situation hystérique, on ne peut se raccrocher désespérément à la nécessité de "l'invention de soi" qui se constitue par une fictionnalisation du Moi, qui prend une réalité tant que le regard des autres le valide.
L'imposture devient relative et n'existe que parce que les autres ont envient de croire ceux qui font croire. Ainsi on fait croire que l'on est peintre ou prêtre.
A la lisière des sciences se situe la posture de la psychanalyse qui est le marche pied de l'imposture par ses spéculations sans fondements d’ordre empirique, par ses prétentions teintées de scientificité, ses pouvoirs de suggestion.
L’imposture totale est la réécriture de l'histoire par Freud qui impose son autorité.
La psychanalyse n'a été qu’une sinistre escroquerie intellectuelle qui a constituée un handicap grave dans tout traitement psychologique.. Le monde scientifique ne considère plus la psychanalyse que comme une manipulation dangereuse, pour ceux qui en ont été victimes, comme pour la science psychologique dans son ensemble.
On a assisté à une structuration sectaire du mouvement psychanalytique, par un déchaînement d’ ostracisme, par la disqualification des opposants et la manipulation des données cliniques
« L'attirance sexuelle du fils envers sa mère ou de la fille envers son père, entre deux et cinq ans, est difficile à mettre en évidence : les contes pour enfants n'en font pas mention, alors qu'ils abordent toutes les questions et problèmes spécifiques à chaque âge; la tradition culturelle n'en parle pas. Enfin, les parents n'observent rien de spécialement sexuel durant cette période, en dehors de la curiosité qui caractérise les enfants de n'importe quel âge. Plus formellement, les recherches dans plusieurs pays sur les enfants montrent une préférence envers le parent de même sexe, contrairement à l'hypothèse oedipienne; les auteurs concluent "qu'il n'y a aucune indication qui confirme le complexe d'Oedipe comme un processus existant dans la vie familiale ou le développement normal de l'enfant" (Goldman & Goldman 1982).
Cette négation des faiblesses épistémologiques et cliniques, et le discrédit porté à toute critique se sont perpétués grâce à la majorité des successeurs de Freud... jusqu'à l'avènement de l'historiographie critique depuis Ellenberger.
Sigmund Freud n'utilise que très peu le terme de jouissance.
Lacan opposera le plaisir et la jouissance comme dépassement du principe de plaisir induisant une transgression de l'interdit, comme le défi et s'inscrit dans une perversion qui va jusqu’à abandonner le désir. Où l'angoisse de castration n'est pas inscrit dans l'égalité des sexes - ce que laisserait supposer le phallocentrisme psychanalytique - mais bien dans la différence. Il n'y a, pour l'homme, que la jouissance phallique de possible.
La jouissance de la femme n'est pas frappée de la castration - elle est autre, sans limite. Comme le montre ce témoignage
« Je baise et jouis jusqu’à extinction de force et, de même encore que Messaline, lorsque trente ou quarante hommes m’ont passé sur le corps, je suis exténuée, sans doute, mais je ne suis pas rassasiée ; lorsque réduite, esquintée, anéantie et noyée dans le sperme, je n’ai plus la force de jouir, mon con brûlant demande toujours et plus que jamais un membre viril. C’est même à ce moment que l’envie de faire ça est plus impérieuse et il me semble que cent décharges successives ne me feraient pas broncher ni reculer. On dira peut-être qu’obéissant à de vains sentiments de vantardise, j’exagère ici mes facultés amoureuses, hé ! bien non, il n’en est rien ; je ne dis que l’exacte vérité et comme preuve de mon dire je vais raconter un de mes exploits amoureux dans tous ses détails, et l’on verra par ce récit combien j’ai raison de me dire une bonne baiseuse. »
Extrait : Orgie soldatesque ou La Messaline moderne, Au Champ de Mars, 1893.
L’art procède de la jouissance et exerce un impact sur le sujet qui participe d’une cure thérapeutique. Reste entier au-delà des aspects chimiques le statut de la jouissance qui échappe au discours.
L’art peut-être un rempart qui repousse le sujet le mettant à rang inférieur, il peut être aussi un écran fluide que le sujet traverse et le reconstruit en tant qu’œuvre lui même.
Quand Ben écrit sur un tableau » Ben est le plus fort » on est libre d’ écrire « On est plus fort que Ben ».
Le sens est alors du semblant et l’art procède de la perversion.
Une expérimentation, parallèle à l’expérimentation scientifique, participerait à l’élaboration d’une nouvelle esthétique, productrice de percept soutenue par la place croissante des techniques elle ne serait qu’une pédagogieL'art procède de la connaissance des idées et des choses et dépasse cette connaissance pour la présenter autrement, devenant de ce fait une représentation.
La finalité de l’art serait de transmettre la connaissance acquise par les sens, mais par l'a pensée.
L’ imitation comme la photographie est la mort du vrai qui ne repose pas seulement sur les apparences des choses: qui est de l’ordre du mental L'imitation de la nature ne peut traduire son niveau de réalité qualifié parfois de beauté, tandis que la représentation artistique dévoile l’idée d’une vérité de notre espace social et incommunicable puisque personnel.
L’art n’étant que du domaine de la jouissance il n’a aucune réalité autre que d’être vide de sens et informe.
Ce lien qui tendrait à identifier l’art à la perversion serait illustré par l’étroit lien entre un artiste son oeuvre qui sont ses crimes qu’il peint. C’est le peintre Walter Richard Sickert qui est le meilleur candidat à l'identité du soi-disant "Jack l'Eventreur" de Whitechapel en 1888, qui illustre parfaitement le lien entre perversion et art au point que les deux se confondent.
Il est de bon ton de dire que l'on ne connaît toujours pas le nom de ce personnage qui assassina d'anciennes femmes mariées qui vivaient de temps à autre de "prostitution ménagère" comme beaucoup de femme du prolétariat à l'époque comme aujourd'hui . Les meurtres se succédèrent à partir de l'été 1888 et s'accompagnèrent de lettres. Son surnom lui vient des lettres, écrites à l'encre rouge pour ne pas employer le sang, qui coagule envoyées pour narguer la police. "Votre humble serviteur Jack l'Eventreur" c'est ainsi qu' elles étaient signées. Seulement voila, le Jack qui a signé ces missives n'était pas le tueur du quartier de Withechapel, mais un journaliste du Star, nommé Bert, qui pour faire monter les tirages. Ainsi, non seulement on ignore toujours qui était le tueur, mais on ne peut même plus dire que ce fut Jack l'Eventreur
Or Sickert prétendait connaître son identité et sa source provenait de la propriétaire du logement où le killer avait vécu a Whitechapel: 6 Mornington Crescent, secteur de Camden Town. C'était d'après lui un étudiant vétérinaire qui fut enfermé et qui vers 1930 était déjà mort. Lui même avait loué les deux appartements les plus élevés de l'immeuble à son retour de Dieppe pour se stabiliser définitivement en Angleterre à partir de 1898. Ces propos sont connus par la lettre du peintre André Dunoyer de Ségonzac qu'écrivit en 1968 à Denys Sutton qui était en train de retracer la vie de Sickert. Il l'avait rencontré vers 1930 et lui avait parlé de Jack l'Eventreur. Dunoyer dit qu'il avait noté son nom à l'intérieur des Mémoires de Casanova, livre depuis détruit pendant la guerre et qu'il ne se souvenait plus de son nom. Cet oubli est fort étonnant pour quelqu'un qui s'est intéressé à ce serial killer au point de peindre une toile intitulée : La chambre de Jack l'Eventreur. Cette toile est restée cachée pendant 22 ans et a fait son apparition lors d'un leg en 1980 au conservateur Julian Treuhen de la Manchester City Art Galery. Le spécialiste de son oeuvre le Dr Wendy Burton ne l'avait pas recensé, et elle n'était pas connue du Dr Robbins de la Tate Galery. Le tableau a été analysé clairement par Burton qui a démontré que l'appartement est bien situé à la rue Mornington Crescent au n° 6 Donc un des deux appartements loués par Sickert en 1906 avait été celui de Jack l'Eventreur; informé par sa logeuse il s'est mis à peindre ce qu'avait vu ce personnage. Le premier ennui de cette histoire repose sur la contradiction qui consiste se passionner de ce tueur hors du commun dont tout le monde sans oublier la police aurait voulu connaître son identité et de l'oublier. Mais là où Sickert se dévoile auprès de Dunoyer de Ségonzac c'est le fait qu'il se mette à raconter "avec fougue" comment le tueur procédait. Il s'en justifiait en expliquant qu'il avait étudié tous les meurtres pour éventuellement les peindre. Ce genre de propos est déjà hors norme mais le fait d''en parler pour un grand notable de 70 ans "avec fougue" et révèle que nous sommes en présence d'une sorte d'aveu. C'est le propre des serials killers que d'avoir besoin de parler de leur démarche criminelle. Dans ce cas c'est le tueur lui même, c'est à dire Sickert qui revient sur les lieux de son activité délirante en se transformant en voyeur de lui même et en nous montrant par son activité de peintre ce que nous attendons: voir à travers les yeux du serial killer. Par ailleurs Patricia Cornwell qui a mené une longue enquête sur Jack l'Eventreur a montré que deux lettres envoyées à une grande galerie de peinture par Sickert à l'époque des crimes du serial killer étaient du même papier avec le même filigrane et les mêmes modes de découpe (non droit) que deux lettres envoyées par Jack l'Eventreur. Ainsi ces quatre lettres provenaient du même blocs de papier. Déjà cette dernière analyse serait suffisante pour traduire Sickert devant un tribunal. En 1885 Sickert avait lu dès sa parution l'ouvrage de Stevenson "Docteur Jekill et Mister Hyde". Sur une des lettres de Jack on perçoit les initiales RS. La période de ces meurtres qui s'accompagnaient de dépeçage de la victime correspond au moment où Sickert s'intéresse à la vie du prolétariat urbain entre 1887 et 1889. Il est vrai que durant cette période il vit à Dieppe en France et qe c'est une attitude étrange de s'installer dans un joli port de pêche pour étudier la misère morale du prolétariat urbain. En fait dans une lettre signée Jack il se trahit en écrivant à la police "cher patron, je suis de retour". Comme les meurtres avait lieu entre le vendredi et le dimanche, Sickert devait prendre le Bateau pour traverser la Manche et rentrer le lundi à Dieppe. Entre temps il changeait ses vêtements dans ce qu'il appelait dans les lettres de Jack sa piaule. Plus tard Sickert exposait à ses amis qu'il fallait éliminer les prostituées qui constituaient un danger social. En fait Sickert était né Allemand de Munich en 1860 où il avait vécu ses huit premières années. Il considérait que la totalité des gens étaient des imbéciles. Il avait une obsession de la violence. A 28 ans en 1888 il quitte une carrière ratée de théâtre pour se consacrer à la peinture. Il est marié depuis 1885 avec une femme plus âgèe qu'il trompe régulièrement.. C'est à ce changement qu'il commet ses crimes, provoqués par des compulsions pour réduire ses anxiétés. De là naîtra une oeuvre pictural sombre et lugubre. En 1899 on lui reconnaît des graves troubles de paranoïa. Ce n'est qu'à partir de 1920 que sa peinture commence à s'éclaircir. Une des de femmes assassinées de Whitechapel le dernier jour de sa vie portait un chapeau neuf et comme on lui demandait qui lui avait offert ; elle répondit "personne".
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Walter Sickert est un peintre relativement excentrique dont l'oeuvre est tournée vers le morbide. Il aurait peint de nombreuses scènes de meurtres, se serait inspiré de photos ou de croquis pris dans des morgues pour peindre ses scènes de nus, scènes sur lesquels les modèles ressemblent plus à des cadavres qu'à des modèles vivants. Il possédait aussi des pieds à terre un peu partout à Londres et à Whitechapele, il se passionnait pour les faits divers sanglants, il passait maître dans l'art des déguisements et fréquentait assidument les cabarets de Whitechapel où il recrutait ses modèles. En 1909, il peignit un tableau intitulé "La chambre de Jack l'Eventreur", tableau obscure qui représente la chambre qu'il occupait à l'époque. Ce peintre étant reconnu il devient dérangeant de le soupçonner d'être un criminel.C'est pour cela que l'on refuse de reconnaître que certains de ses tableaux sont des aveux. On le protège en considérant que Sickert s'était passionné de cette affaire. Puis on estime que beaucoup d'anglais avait loué cette chambre à cette étrange logeuse qui soutenait mordicus à qui voulait l'entendre qu'elle avait été occupée par un "médecin américain" qui était parti précipitamment un matin, après l'un des meurtres de l'Eventreur, laissant dans sa chambre des habits tâchés de sang. En fait ce serait un des nombreux déguisements de Sickert qui brouille les pistes en se faisant passer pour un médecin américain. Il était coutumier du fait et ses chambres lui permettaient de se changer rapidement à proximité du lieu du crime et de redevenir un notable au dessus de tout soupçon. Cette méthode opératoire lui permit d'échapper à la police et de la narguer. Il s'est inspiré de la Nouvelle publiée en janvier 1886 "L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde " écrite par Robert louis Stevenson qui narre l'histoire d'un notaire, Gabriel John Utterson, qui enquête sur le lien étrange entre Edward Hyde et le docteur Henry Jekyll.
Le Docteur Jekyll, un philanthrope obsédé par sa double personnalité, met au point une drogue pour séparer son bon côté de son mauvais. C'est ce dernier qui, nuit après nuit, prendra finalement le dessus et le transformera en monstrueux Monsieur Hyde.
Il est considéré comme un représentant marginal d’un passage de l'impressionnisme au modernisme; il aurait eu une influence importante sur l'avant-garde britannique des années vingt.Un des plus proches amis et soutient de Sickert fut le magnat de la presse Lord Beaverbrook, qui accumula la plus grande collection de peintures de Sickert dans le monde. Cette collection, et la correspondance privée entre le peintre et Beaverbook se trouvent à la Galerie d'Art Beaverbrook de Fredericton au Nouveau-Brunswick (Canada).