
de Benoist Magnat
octobre 2014

La descente des eaux
Le toboggan des montagnes
La découverte de l'infini
ou bleu marine
Je descends les rivières agitées
par le flot continu des glaciers
Des hippies nus dans leurs bassins
remuent l'eau claire avec leurs sexes d'un coup de rein
Je me soucie peu des halages fluviaux
qui disparaissent sous les herbes hautes
pendant que la mélancolie des vieux
harponnent les poissons aux queues argentées
Je jette aux lacs en chapelet
mes vieilles frusques déchirées
Arrivé à la mer comme une eau douce
je lave mes plaies de couleur
Des enfants dodus de vacances
regardent les bateaux blancs de plaisance
Ils mâchent les tiges d'herbe
en attendant les goûters de leurs mères laiteuses
Quand la tempête sonne le rivage
d'étranges bois qui sentent le naufrage
marchent à reculons sur la plage
pendant que les galets arrondissent leur fin de mois
Je nage enfin dans les vagues douces
des enfants émerveillés du grand large
Les algues vertes recouvrent mes membres
comme un espoir délaissé pour vivre de rage
Baigné jusqu'à la tête de poèmes
j'abandonne au loin les mots sages
pour attaquer les rochers plein d'assurance
et balloter des vers encanaillés en nourriture aux poissons
Les délires bleutés de souffrance
le rougeoiement des arbres d'automne
et le scintillement des étoiles aux nuits noires
s'évertuent à remonter la pente
Je vais crever les yeux des éclairs
courber les bras des nuages blancs
et sur le soleil jeter des pierres infinies
jusqu'au sommeil des montagnes érigées
Benoist Magnat
écrit septembre 2014
poèmes événementiels et militants écrits par Benoist Magnat à l'université d'Utopia fin septembre2014
l'un sur le climat et l'autre sur la non violence
poème sur le climat
"Atmosphère, Atmosphère"
- Vous voulez parlez du climat, ma chère
Ah je sais, il se dérègle actuellement
Typhons, inondations, cyclones, sécheresse
tout ça à cause de l'anthroposcène
" Anthropocène, anthropocène"
mais c'est un mot obscène
c'est comme la pollution, l'obsolescence des objets quotidiens
et le trou d'ozone
Il paraît que le climat va se réchauffer de 2° degré prochainement
et bientôt de 4° si l'on ne fait rien
"Chouette, chouette"
on va pouvoir se baigner plus longtemps, bronzer jusqu'en hiver
manger des glaces toute l'année
Un grand silence
- Vous ne trouvez pas ma chère que le climat se réchauffe entre nous ?
- Oh oui mon cher
"Pollution atmosphérique, Pollution atmosphérique"
- mais non, combat contre le dérèglement climatique ma chère
- Et maintenant, si nous allions collectiviser notre libéralisme existentiel
qu'est-ce que vous en pensez ?
- Oh oui ma chair, pardon ma chère
poème sur la non-violence
La poésie
c'est comme la boucherie
ça hache la viande ou ça mâche les mots
Je n'aime pas les guerres de notre président sans dents
dans mon temps j'ai fait de la tôle pour ne pas apprendre à tuer
dans mon temps j'avais toutes mes dents
maintenant je mets une couronne pour voter au présidentiel
maintenant je mets des implants pour ne pas paraître pauvre
et je mâche mes mots pour dire de la purée
et je hache mon sexe pour paraître non-violent
mais j'ai les boules profondes qui rentrent en moi
comme des drones armés de mots arrêtés ou de silence
Je n'aime pas la guerre car je suis encore puceau
je n'ai encore jamais tué sauf des fourmis et des frelons
je mange la mort tous les jours de ma vie
je mange des images de télévision qui la donne en direct
je renifle les bombes nucléaires qui éclairent nos cimetières
je sens que je deviens con comme vous Monsieur le Président
A la fin vous allez mourir comme nous tous
mais vous et quelques autres avec la mort entre les dents
Devenir non-violent, serait-ce trop vous demander monsieur le président
puisque vous êtes la maître des armées
vous le machiste qui serrez vos fesses sur votre scooter
vous le capitaliste qui tuez les pauvres à petit feu
vous le moins que rien de l'écologie, de la France le boutiquier
Rejoins-nous dans l'Utopie
car c'est la seule vie
et la poésie dans tout ça
c'est comme la boucherie
ça mâche ou ça hache
Benoist Magnat
…l'extrême bord de
les marges du cahier
les contours d’un visage
la côte et l’océan
l’arête d’un précipice
le sommet d’une montagne
l’horizon impossible
une clarté dans les yeux
quelques étoiles filantes
un malade souriant
une maladie vaincue
les mots qu’on ose cœur
les mains qu’on ose corps
le parfum d’une fleur
la saveur d’un fruit
le sourire d’un passant
la beauté d’un poème
le silence d’un ami
le soleil à l’aurore
la pluie sur ma peau
la foudre qui me prend corps
tes doigts entre mes doigts
alentour ce qui nous est
qu’on entoure et que nous sommes
la peur combattue
et la peur vaincue
un train quittant une gare
un navire le port
le désert sans fin
où chaque pas sans fin
nos rêves où ce rêve
dont nous sommes le corps
ton corps près du mien
ton cœur où le mien
l’enfance à portée d’ailes
les ombres sans morsure
le sang libre du sang
la neige et ses étoiles
le feu qui tout transforme
le vertige sans dehors
l’ivresse sans dedans
l’amour quelques fois
l’amour à chaque instant
ce qui donne de l’espoir
sans l’abîme d’une croyance
l’ami qui se relève
et qui fait de ses pleurs
l’océan nous irons
les îles enchantées
nous sommes l’extrême de
ce bord qui nous est
la peau où nos vertiges
la peau où nos ivresses
luc-andré rey
bruxelles
14 septembre 2014
- à l'extrême bord de -
« Ah la saison des hommes !
l’être humain est-il vraiment un fruit de la nature ?
qu’ils aient la peau noire brune blanche jaune ou rouge
ou brûlée par les U.V.
les hommes sont
pour la plupart
devenus
hommes de profit
(…)
la magie la plus noire
est celle de l’homme blanc
car la magie du profit destructeur
a envahi ce monde multicolore »
ADORMECIENDO ESTRELLAS
tú nadas mi piel
y en cada beso
da un paso el amanecer.
Ven...
Ven...
Caminemos esta noche
que
cuando sean vencidas las estrellas
seguirán flotando
los murmullos silentes
que se amortiguan,
los sonidos de tu aliento
y esta locura
de ser en tu ser.
Ven...
...Amor...
Así...Así...
Ven...
EN ASSOUPISSANT DES ÉTOILES
tu nages ma peau
et dans chaque baiser l'aube donne un pas.
Viens... Viens...
Marchons cette nuit,
quand les étoiles seront vaincues
les murmures continueront de flotter silencieusement,
les sons de ta respiration
et de cette folie d'être chez ton être.
Viens ......
Amour...
Ainsi... Ainsi...
Viens...
Hilda Augusta Schiavoni
Rouge et Noir
Sur le chemin des jardins
J’ai cueilli, ce matin,
une rose rouge près des ronces noircies
De baies foisonnantes.
La rose , je l’ai mise,
Sur le décolleté de ma chemise
Son épine toute fine
A égratigné ma poitrine
Juste à la place du cœur
Sans aucune rancœur
Naquit une étoile sanguine
Les mûres, me furent offertes
par un cueilleur de confiture
Mes lèvres au noir se mirent
Rouge et noir se lièrent
Dans un baiser, en toute liberté,
vers vous, s’envolèrent !
Montlaur le 27 août 2014
nicolle ragot
Odeur de fleur ce matin sur la table :
dans la vie suspendue seul transport est l’amour —
transport d’amour
oui : comme un camion qui vous fait sortir
de cette grande pièce endormie et vous jette
directement dans le bruit dans le cœur
cœur de l’agitation où ce qu’on touche
n’est rien de plus qu’un instant du passé
— après tout rien de plus
mais cet instant est cœur du monde :
touchant l’instant où enfin je te vis
— où j’ouvris l’œil, mon amour, sur l’amour :
ceci n’est que ma vie, prise en un point,
se regardant, regardant rien, peut-être pas même toi,
qui seulement étais là, à ce moment-là,
Et pourtant ce matin avec l’odeur de fleur
portant comme la musique jusque-là où la vie
est venue, et bat : d’un coup
je suis dans les batailles, dans les grands espaces,
là où tout se décide, et tout change,
remue-ménage d’étoiles, pactes, départs,
gros moteurs vrombissant dans l’après-midi;
je vois les têtes, et aussi les queues
de toutes sortes de grands animaux,
je vois les sexes, et cette brûlure :
tout s’éclaire un instant, brûle et brille,
dort-elle ?
____________Sortons à présent, allons dans la ville,
avec toi, avec toi, trésor imperceptible
In Petits éléments de physique amoureuse © L’infini / Gallimard, 1991
Jacqueline Risset
Chemin d’errance
J’ai poussé la poésie à ses petits bouts de bonheur
la nuit où j’ai porté la voix du poème
sur mon dos.
J’ai entendu dans ton sommeil
tes hurlements quand le soleil s’est élevé
sur les crêtes du corps disparu.
Je sais le paysan qui soigne la terre
et les couleurs vives qui m'ont nourrie.
J'ai embrassé le soleil
et j'ai surpris debout les blés
faisant l'amour…
Mes battements du cœur
suspendus à ton horloge
ont écouté ta voix.
Parle-moi de cette colline lointaine
qui ne dirait pas son nom !
Ma mémoire morte nourrit les feuillages
et nous cendres,
avons vu la danse du cygne…
j'ai osé suspendre, entre deux lacs,
sur le chemin de l’errance,
l’aveugle discours.
Ce que j’ai peine à raconter.
Ce que l’émotion la plus forte,
à provoqué en moi.
Note singulière noyée dans le chagrin.
C’est ici et maintenant que se joue le verbe,
dans une ultime déraison, je touche son nom.
D'où je viens,
la brise du matin est une évidence.
La musique est noble et atteint des hauteurs
que seule l’ivresse ou la langue peuvent approcher.
S'élargissent les mots, les pleurs et la censure.
Aurions-nous tort de croire au seul pouvoir des mots ?
Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux
Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un coeur que l’on brise
Oh! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises
Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913
Résurrection
Que sera la vie
dans le prochain millénaire
combien tu me manques
il semble que l'amour est absent
les hommes n’identifie pas
le sourire ….le bonjour
et pourquoi?
Peur de l'amour
Qui peint les murs
mes yeux presque ouverts te cherchent
la chambre dans l’obscurité,
chemises désordonnées
Les nouvelles disent :
le train a déraillé dans la gare
cette avenue sera inondée
le bus est entré en collision
et j'étais à l'intérieur
personne ne s’aidait
et pourquoi?
Au temps de la lumière,
des âmes ouvertes
et l'humanité endormie
Que sera la vie
dans le prochain millénaire
si tu ne me donnes toujours pas la main,
je cherche mes chaussures
pour marcher avec toi
vers l'arrière
Les couchers du soleil de l’amour
Les colombes en liberté à l’horizon
les aiguilles du temps
m’indiquent cinq heures moins dix
et tu me manques
Que se passera-t-il dans le silence des décennies
Si tu continues encore de me manquer ?
Susana Roberts- , Argentine
deux beaux avions modernes
dans le ciel
de la balance commerciale
deux beaux avions de la croissance
et de la connaissance
dans le ciel
toujours bleu
du Croissant qui fut fertile
deux beaux avions de l'emploi
avec à bord
un seul homme
deux moteurs
des bombes
beaux
les avions ont des lignes
d'oiseau
de bateau
d'espadon
une tête
de requin
une puissance folle
trois fois
le plein
de milliers de litres
en cinq heures
chaque quart d’heure
dans la chaleur
brûler
la chauffe
de cinq mois
et quatre personnes
des terres froides
d’ici
un tueur moderne
d’ici
dans chaque avion
un tueur libre
électeur libre
d’ici
son droit de vote
en poche
aux heures de bureau
s'en va tuer
des tueurs arriérés
féodaux
fanatiques
enfoulardés
guerre de la modernité
contre le passé
guerre du bien et du mal
d'aujourd'hui
contre le bien et le mal
d'hier
le tueur éduqué
diplômé
discipliné
propre sur lui
dans l'azur
chevauche ses moteurs
à réaction
largue ses bombes
radioguidées
sur les tueurs
à l'ancienne
sanguinaires
sales
dans la poussière
du désert
GPS satellites
chèvres et enfants
victimes accessoires
détail bétail
rançon du progrès
otages du progrès
décapités
par le progrès
sans réaction
on n'arrête pas le progrès
le tueur propre
exsangue
court au chômage
car pourquoi parce que
ra dio gui da ge
uni ver sel
le progrès
sans réaction
il n'y aura plus personne
plus de tueur
dans les avions tueurs
les tueurs seront
ailleurs
les tueurs
sont
ailleurs
Leboutte Guy