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Poèmes Épars, Le site.

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Ce blog recueille les activités des membres de Poèmes Épars ainsi que celles de nombreux intervenants, collaborateurs et amis, au programme : Art, Culture, Poésie, Littérature, Peinture, Photographie, Sculpture, Musique, Politique ...


La maison d'Horace ...

Publié par POEMES_EPARS sur 5 Avril 2010, 13:42pm

Catégories : #Histoire de l'Art


 

 


La Maison de campagne d'Horace découverte par Capmartin de Chaupy.

"Non tumulum curo ; sepelit natura relictos "

Extraits et résumé de l'article de Gaston Boissier, 1895:

La maison de campagne d'Horace par Pierre André

 

  


Horace a combattu à la bataille de Philippes, dans l’armée républicaine, en qualité de tribun militaire. Puis après la défaite, il revint à Rome grâce à une amnistie. Le retour fut triste : son père qu'il aimait n'était plus, et on l'avait exproprié. Il s’était vu, à vingt ans, distingué par Brutus et mis à la tête d’une légion s’étaient brusquement dissipées : on lui avait, disait-il, coupé les ailes  Il se retrouvait dans l'austérité d’une existence  ; l’ancien tribun militaire achète une charge de greffier pour vivre. Il prétend que la pauvreté lui a  donné le courage de faire des vers . Le désastre de Philippes l'avait guéri de l’ambition et que les honneurs ont un prix trop cher, qu’a vouloir  faire le bonheur de ses concitoyens on risque le sien, et qu’il n’y a pas de sort plus enviable que d"être en retrait  des fonctions publiques. C’est  la résolution qu'il prit et qu'il conseillait aux autres aux autres.

La lecture d'Horace incite  à connaître sa maison de campagne où il a été si heureux durant la seconde partie de sa vie. Il nous parle d'un  site charmant avec ses hautes montagnes « qui abritaient ses chèvres des feux de l’été », la fontaine où il allait faire sa sieste. De cette maison il vécu dans un cadre naturel pendant la plus longue  partie de sa vie qu'il ne cessa de contempler.  Depuis la Renaissance cette maison hante les poètes et les érudits. On la chercha dans tous les coins de la Sabine et chaque village prétendait être le lieu de cette villa pour en récupérer la gloire. On la plaçait à Tibur, à Cures, à Reate, un peu partout sauf à l'endroit où elle devait être.

Un Français, l’abbé Bertrand Capmartin de Chaupy, amoureux de Rome en fit le but de sa vie et se donna comme mission de la retrouver. Pour cela il parcourut presque toute l’Italie sur un cheval qui dit-il allait de lui-même aux ruines Capmartin de Chaupy a écrit trois gros volumes de près de cinq cents pages chacun .  . La recherche de maison de campagne d’Horace servait de prétexte pour parler de tout.  Il aimait s’enfoncer au hasard dans les chemins de traverse et son écriture se mit à ressembler à son mode de progression. Il  , relève des inscriptions, retrouve des villes perdues ou la direction des anciennes voies.

L'abbé Bertrand Capmartin de Chaupy, est né le 14 septembre 1720 à Grenade -sur-Garonne  et décède en1798 à Paris. Il est un archéologue français et fils de procureur.Engagé comme prêtre dans la lutte entre le clergé et le Parlement, il publia contre ce dernier deux écrits (1754-1756), qui l'obligèrent à s'exiler à Rome. Il y étudia l'antiquité et, en même temps qu'il se constituait une importante collection de monnaies anciennes, il y publia Découverte de la maison de campagne d'Horace (1767-1769), travail qui déborde beaucoup le sujet, et est une véritable étude topographique de Rome et de la campagne romaine. Il a également publié anonymement un ouvrage remarqué, Philosophie des Lettres qui aurait pu tout sauver (1789-1790).

Il établit  qu’Horace n’avait que le bien de la Sabine qui se trouve à l’est de Tivoli et dans les environs de Vicovaro; lieu qui s’accorde avec les vers d’Horace.  Par Horace  nous savons que la ville la plus proche de sa maison, celle où ses métayers se rendaient  les jours de marché, s’appelait Varia. La carte ou table de Peutinger mentionne Varia  à 8 milles de Tibur où nous trouvons  Vicovaro, qui a conservé son ancienne dénomination (Vicus Varia) où passe un petit ruisseau : la Licenza qui correspond à la Digentia d’Horace qui traverse le  bourg de Mandela, attesté par une inscription et qui est devenu Bardela. La haute montagne du Lucrétile,  portait son ’ombre sur la maison du poète, le Corgnaleto . Elle s’appelait encore dans les chartes du moyen âge Mons Lucretii

 

Mécène ou Caius Cilnius Mæcenas, vers-70/-8, intime de l'empereur Auguste  consacre sa fortune et son influence à promouvoir les arts et les lettres.  Il fit ses études en Gèce et vécu à Rome. Mecène appartenait à la plus grande noblesse de l’Étrurie, restait volontairement dans l’ombre. Deux fois seulement dans sa vie, en 717, pendant les embarras que causait la guerre de Sicile contre Sextus Pompée, et en 723, quand Octave alla combattre Antoine, il fut officiellement chargé d’exercer l’autorité publique ; mais il portait un titre nouveau qui le laissait en dehors de la hiérarchie des fonctionnaires anciens 


Le reste du temps, il ne voulait rien être ; il refusa obstinément d’entrer dans le Sénat ; il resta jusqu’à la fin un simple chevalier Ce détachement peut paraître une énigme du moi.En fait il était resté un Etrusque et ne se sentait pas impliqué dans la totalité des choses humaines où tout ne lui paraissait pas digne . Il aimait  fondamentalement la politique  au point qu’ Horace se permit de lui dire :« Cesse de laisser troubler ton repos par le souci des affaires publiques. Puisque tu as le bonheur d’être un simple particulier comme nous, ne t’occupe pas trop des dangers qui peuvent menacer l’Empire[ . »


Il se réservait pour tout ce qui demande un effort de la pensée comme prévoir et anticiper les conséquences des événements, percer les intentions des hommes. où cette politique spéculative s'abaisse par l'action   L’exécution des grands projets exige des précautions fastidieuses et apportent des soucis. Pour Mécène un vrai homme d’état est celui qui est capable d’imaginer avant d’agir et pour qui les joies de la foule sont déplaisantes.

  Horace nous dit que Mécène bravait le préjugé de la naissance, si fort autour de lui, et qu’il ne demandait pas à ses amis de quelle famille ils sortaient , en effet il se vivait comme un roi des temps anciens qui pouvait s'adresser à tout le monde. Il avouait qu'il redoutait l'idée de perdre la vie il avait l'indifférence de la tombe, en souvenir des ces lointains ancêtres anatoliens  « Je ne me préoccupe pas d’une tombe, disait-il : si l’on néglige d’ensevelir quelqu’un, la nature s’en charge. »

Horace fait partie de ceux qui pensent que l’on est  plus en vue dans la retraite qu’en première ligne du pouvoir. Cette attitude entrait dans sa stratégie  politique. Comme il n'avait rien à perdre, l’obscurité volontaire, à laquelle il se condamnait,  servait mieux les intérêts de sa gloire que les plus brillantes dignités. Il n'est pas pour autant le sage de Lucrèce qui regarde du haut de sa retraite austère, les hommes « cherchant à tâtons le chemin de la vie » ; il entendait mener une existence épicurienne au sein d'une société d’élite en dehors du monde des affaires. 

La colline de l’Esquilin, déserte et sauvage était la sépulture des esclaves et le lieu des exécutions capitales. Personne, à Rome, n’aurait voulu y loger. Mécène, qui était économe y acheta de vastes terrains qà très bon prix, et organisa un jardins, dont la réputation a duré  autant que l’Empire., Il fit construire une tour qui permettait de scruter l’horizon. Ce fut  une grande surprise à Rome  de voir se transformer ce coupe-gorge le plus mal famé de la ville en un lieu sain au point qu' Auguste y venait se soigner de fièvre dans la tour de Mécène. Cette transformation  donna à Horace l’occasion de composer sa huitième satire. Horace commence à tenir une place importante dans cette société romaine dont il est arrivé par étapes..

Lorsque Virgile présenta Horace à Mécène, iil perdit contenance et il ne put lui adresser que quelques paroles sans suite  ;  De son côte, Mécène, prince étrusque, était un  silencieux « auxquels le monde appartient ; » il répondit quelques mots. Ils restèrent neuf mois sans  se revoir. Puis Horace en privé lui révèla toutes les ressources de son esprit, les délicatesses de son caractère.  En 717, un an après leur rencontre, Mécène l’emmena dans ce voyage de Brindes, où allait se conclure la paix entre Antoine et Octave. C'est vers 720, qu' il lui donna un domaine dans la Sabine.

Mécè ne en tant que bienfaiteur intelligent à fait le don d'un domaine en Sabine à son ami  Horace vers 720. 

Si Virgile, n’a jamais pu se plaire à Rome et que son seul bonheur était de vivre  aux champs, Horace   ne se sentait pas appelé par la campagne.La nature était un prétexte à sa réflexion philosophique et servait de cadre à son discours poétique . Comme Lucrèce, il s'en servait. Le renouvellement des saisons lui montre que rien n'est stable et qu’il ne faut pas avoir de long projets . Les grands chênes, courbés par les vents de l’hiver, les montagnes que frappe la foudre l’aident, à prouver que les plus hautes fortunes ne sont pas à l’abri des accidents imprévus  Le retour du printemps « qui frissonne dans les feuilles agitées par le zéphyr » donne courage aux désespérés en leur montrant que les beaux jours se succèdent aux mauvais jours .Pour faire oublier les soucis à ses invités il les amènent là « où le pin et le peuplier mêlent ensemble leur ombre hospitalière ».Ces peintures bucoliques n’ont  pas la profondeur de celles de Virgile ou  de  Lucrèce et  Horace ne peut prétendre au titre de grand amant de la nature, dont l'ambition est de se confondre avec elle.

Horace était un spirituel, indifférent et sage, il avait un recul et la nature était mise à distance par son approche philosophique. Horace a dénoncé  la névrose de ceux qui  voyagent sans cesse à la recherche de la paix intérieure que l'on peut trouver partout et surtout en faisant du surplace. Sa morale est que nous portons en nous le jardin du Paradis et qu'  il n’est pas nécessaire d'aller bien loin pour être heureux.

Si Horace ne possédait une grande passion pour la campagne,’il habitait Rome volontiers à la condition de ne pas y être condamné à vie comme les pauvres. Comme aujourd’hui, on la quittait durant les mois de canicules « qui donnent tant à faire à l’entrepreneur des pompes funèbres et à ses noirs licteurs  ».

Dès que soufflait l’Auster « lourd comme du plomb  », ceux qui avait les moyens s’en allaient. Horace en faisait partie, mais c'étai héla l'occasion de faire apparaître sa condition modeste. Il montait sur le dos d’un mulet court de queue avec son petit bagage.Tandis que les riches allaient en grand équipage précédés de courriers numides, qu’ils avaient avec eux des gladiateurs pour les défendre et des philosophes pour les amuser, lui, qui était pauvre, sautait sur le dos d’un mulet court de queue, plaçait derrière lui son petit bagage et se mettait gaîment en route

Pour Horace, Tibur et Tarente, étaient des horizons indépassables dont il est resté toujours fidèle  à cette affection de jeunesse. Ces pérégrinations annuelles, l’amenaient aux extrémités de l’Italie, Horace fut longtemps un ami assez tiède de la campagne. Il ne possédait pas encore de villa qui lui appartînt, et peut-être il ne le regrettait guère. Il prenait part volontiers aux distractions de la grande ville et ne s’en éloignait, comme nous venons de le voir, que dans les mois où il est difficile d’y rester.

Un moment arriva pourtant où ces voyages, qui n’étaient qu’une distraction, un agrément de passage, devinrent pour lui une impérieuse nécessité, où la vie de Rome lui fut si importune, si odieuse, qu’il éprouva le besoin, comme son ami Bullatius, de se cacher dans une bourgade déserte, « d’y oublier tout le monde et de s’y faire lui-même oublier  ».


Il n’était plus maître de lui-même ; il ne pouvait plus vivre à son gré ; sa chère liberté lui était à chaque instant ravie. À quoi lui servait donc de s’être tenu loin des fonctions publiques, s’il en avait tous les ennuis sans en posséder les avantages ? Ces tracas le mettaient hors de lui, Rome lui devenait insupportable, et il cherchait sans doute dans son esprit quelque moyen de fuir les importuns qui l’obsédaient, de retrouver la paix et la liberté qu’il avait perdues.
C’est alors que Mécène lui donna le bien de la Sabine , c’est-à-dire un asile sûr qui le mettait à l’abri des fâcheux et où il allait ne vivre que pour lui-même. Jamais libéralité ne vint plus à propos et ne fut accueillie avec autant de joie. L’opportunité du bienfait explique l’ardeur de la reconnaissance.

 

 
Le chemin qui y mène est l’ancienne via Valeria, qui conduit dans le territoire des Marses. La route suit l’Anio et traverse un pays fertile, entouré de hautes montagnes, au sommet desquelles se dressent quelques villages perchés.On rencontre des ruines d’anciens monuments. On atteint Vicovaro ancienne Varia, la ville importante du pays. Là, il faut quitter la route pour prendre à gauche un chemin qui suit les bords de la Licenza . De l’autre côté du torrent, un peu plus haut que Vicovaro, on aperçoit Bardela, gros bourg avec un château . C’est un village dont Horace dit qu’on y frissonnait de froid : rugosus frigore pagus .Après avoir dépassé Bardela, on voit à gauche Roccagiovine, village perché sur un rocher aigu. Horace  nous dit qu’il est forcé pour revenir chez lui « d’escalader sa citadelle ».Dans une épître charmante qu’ Horace adresse à l’un de ses meilleurs amis pour lui faire savoir combien il aime la campagne  il termine sa lettre en disant qu’il l’a écrite derrière le temple en ruine de Vacuna,

Roccagiovine,  bâti sur l’emplacement du Fanum Vacunæ, marque l'entrée du domaine d’ Horace. Il nous dit qu’il y avait, auprès de sa maison, une fontaine qui coule en permanence et qui donne son nom au ruisseau dans lequel elle se prolonge. A côté d’une vieille église en ruine, la Madonna delle case, un peu plus bas se trouve cette  source . Les gens du pays l’appellent Fonte dell’ Oratini ou Fonte de’ Ratini. Elle sort avec abondance d’un creux de rocher et un vieux figuier la couvre de son ombrage . Pour Horace, « ses eaux font du bien à l’estomac et soulagent la tête  », 
La position de la source retrouvée, celle de la maison se devine.


Nous savons par Horace qu'il habitait un plateau escarpé et présente sa maison comme une forteresse, elle devait être un peu au-dessus de la Madonna della casa ; là précisément on remarque un terrassement artificiel qui semble avoir été disposé pour servir d’aire à un édifice. Le sol est depuis longtemps cultivé, mais la charrue y fait souvent sortir de terre des morceaux de briques ou des tuiles brisées qui semblent provenir d’une construction ancienne. C'est là que se trouvait véritablement la maison d’Horace . Le lieu est une vallée étroite et longue, au fond de laquelle coule le torrent de la Licenza  ; elle est dominée par des montagnes  À gauche, la Licenza tourne et à droite, le rocher sur lequel perche Roccagiovine semble avoir roulé dans la vallée pour en fermer l’accès. On reconnais le paysage tel qu’il est décrit par Horace :Sa maison n’est qu’une maisonnette (villula)  entourée d’un tout petit champ (agellus) , dont son fermier lui-même ne parle qu’avec mépris. En fait sa terre était plus grande.Nous possédons quelques renseignements qui nous donnent une idée assez précise du bien d’Horace. Il n’avait pas gardé toutes les terres à son compte : les tracas d’une grande exploitation ne pouvaient guère lui convenir. Il en affermait une partie à cinq métayers, des hommes libres, qui avaient chacun leur maison, et s’en allaient toutes les nundines à Varia, soit pour leurs intérêts propres, soit pour les affaires du petit municipe[ . Cinq métayers supposent un domaine assez considérable ; et il faut ajouter que ce qu’il avait conservé pour lui n’était pas sans quelque importance, puisqu’il fallait huit esclaves pour le cultiver.

 

Sa villa était simple, qu’on n’y voyait ni lambris d’or, ni ornements d’ivoire, ni marbres de l’Hymette et de l’Afrique  : ce luxe n’était pas à sa place au fond de la Sabine. Près de la maison, il y avait un jardin qui devait contenir de beaux quinconces bien réguliers et des allées droites enfermées dans des haies de charmilles, comme c’était la mode alors. Horace s’est élevé contre la manie  de son temps de remplacer l’ormeau, qui est associable à la vigne, par le platane, l’arbre célibataire, comme il l’appelle. Il  refuse les parterres de violette, les champs de myrte, « vaines richesses de l’odorat  ».   Au-dessous de la maison et du jardin, les terres étaient fertiles destinées aux moissons et c’est là peut-être aussi qu’il récoltait ce petit vin qu’il servait à sa table dans des amphores grossières  . Un peu plus bas , vers les bords de la Licenza , le terrain était humide, et commençaient les prairies.Il arrivait par les pluies d’orage, que sortait  le torrent de son lit et se répandait dans le voisinage, ce qui faisait maugréer le fermier d’Horace, qui prévoyait une digue à construire.

Au-dessus de la maison c'était le domaine du sauvage. Il y avait là des buissons « qui donnaient libéralement des prunelles et de rouges cornouilles  » ; il y avait des chênes et des yeuses, qui couvraient les rampes de la montagne. : le bois de Horace couvrait plusieurs jugères. Il y en avait assez « pour nourrir de glands le troupeau et fournir une ombre épaisse au maître ».Ce n’était donc pas seulement un  trou de lézard, selon l’expression de Juvénal, que Horace tenait mais  un domaine véritable.La rumeur prétendait que ce domaine avait été confisqué  au moment des proscriptions sur des ennemis politiques et que Mécène avait donné à son ami des terres qui ne lui appartenaient pas.

Ces libéralités à moindre frais pouvait se refuser. Auguste offrit un jour à Virgile la fortune d’un exilé et que le poète la refusa.  Le père de Virgile avait été spolié de ses terres paternelles de Mantoue ce qui le rendait plus sensible àcette question d'obtenir un bien pris à autrui.
Quand au domaine d'Horace il était en très mauvais état quand il lui fut donné. Les ronces, les épines couvraient la terre, et la charrue n’y avait pas passé depuis longtemps. Il eut l’imprudence, quand il en prit possession, d’amener, pourrelancer les travaux, un  esclaves de la ville qui, selon Columelle, ne sont qu’une race de paresseux et d’endormis. Il ne connaissait que  les jardins  des environs de Rome. Quand il vit ces champs en friche il pria qu’on le laissât partir au plus vite.  . La terre, nous dit-il, est loin d’y être aussi fertile que dans la Sicile ou la Sardaigne  ; les troupeaux n’y viennent pas si bien que dans la Calabre  ; les vignes surtout y sont fort inférieures à celles de la Campanie . La température  est égale en toute saison, ni trop froide et il ne tarit pas d’éloges de cet avantage.C'était un grand plaisir  de quitte la fournaise fétide de Rome, pour se retirer à l’ombre des grands arbres où passe le vent frais des montagnes.La vallée de la Licenza n’a rien d'un grand site et Horace ne nous trompe pas sur cette petite vallée solitaire où il a été heureux. Point n'est besoin d'avoir devant soit les rivages immenses de la mer pour être heureux ou d’avoir sans cesse un paysage grandiose devant soi qui nous met dans  une extase perpétuelle . On s'en lasse progressivement au point d'oublier qu'ils existent. Horace y trouvait le calme et le silence, lui permettant le recueillement et la simplicité du paysage lui permettait ne ne pas s'y attacher.
 
(Horace nous dit, dans la satire où il raconte son voyage à Brindes que les gens pressés et alertes pouvaient faire 43 milles (un peu plus de 63 kilomètres ) dans leur journée. Lui refusait le stress, fit la route en deux jours. Le second jour, il parcourut 27 milles. La distance de Rome à la villa de la Sabine devait être de 31 ou 32 milles (à peu prés 45 kilomètres ). Le voyage pouvait donc se faire en un jour. Il est pourtant vraisemblable queHorace, qui ne voulait pas se fatiguer, couchait souvent à Tibur.  Suètone prétend même que, de son temps, on montrait à Tibur une maison qui, disait-on, lui avait appartenu.  . À Préneste, lorsqu’il  lisait Homère, sur les marches du temple de la Fortune , il voyait surgir de  la brume les murailles de la grande ville.  La jeunesse dorée de Rome ne s'aventurait pas au-delà de Tibur, et Horace s'y sentait encore plus chez : « Ici, je n’appartiens plus aux importuns ; j’ai quitté les soucis et les ennuis de la ville ; je vis enfin et je suis mon maître : vivo et regno . »

La villa de la Sabine , qui tient autant de place dans la vie d’Horace, que  dans l’histoire de la littérature.

Elle est devenue  un idéal vers lequel les poètes ont les yeux tournés.

Juvénal lui-même, qui passe pour un républicain fougueux, a proclamé qu’il n’y a d’autre avenir pour la poésie que la protection du prince  C’est aussi l’opinion de son ami Martial, et il en a fait une sorte de théorie générale qu’il expose avec une naïveté singulière. Il y a, selon lui, une recette sûre pour faire éclore les grands poètes : il suffit de les bien payer. Si Virgile fût resté pauvre, il n’aurait rien fait de mieux que les Bucoliques ; heureusement il avait un protecteur libéral, qui lui dit : « Voilà la fortune, voilà de quoi te donner tous les agréments de la vie : aborde l’épopée. » Aussitôt il composa l’Énéide. Horace tient à son autonomie au point qu'il peut se passer de tout « Si la fortune me reste fidèle, je la remercie ; mais dès qu’elle agitera ses ailes pour me fuir, je lui rendrai ce qu’elle m’a donné ; je m’envelopperai de ma vertu ; je saurai me contenter, d’une honnête pauvreté . » Mécène est prévenu : son ami ne sacrifiera pas son indépendance à sa fortune ; Il préfère redevenir pauvre plutôt que de cesser d’être libre. Il le dira clairement à, Mécène en restant plus longtemps que prévu  à sa campagne où il s’y trouvait si bien qu’il ne pouvait  de tenir ses promesses de serviteur. Mécène ne pouvait plus vivre sans lui, se plaignit . La réponse d’Horace, alliant la fermeté dans la douceur revendique sa résolution . Il ne reviendra pas dans quelques jours, comme on le lui demande; il se sent paralysé par une force interne impérieuse.Et si la neige  recouvre le mont Albain, il ira au bord de la mer se mettre dans une chaude  et modeste retraite pour y travailler. C’est seulement  « à la première hirondelle, » qu’il pensera au  retour. S'étant prouvé à lui-même sa liberté. Pour la conserver intacte, il est prêt à rendre tout ce qu’il a reçu :. La maison de la Sabine elle-même lui semblerait payée trop cher par le sacrifice de son repos et de son indépendance.

« Quand on voit, dans un échange, que ce qu’on reçoit vaut moins que ce qu’on donne, il faut laisser au plus vite ce qu’on a pris et reprendre ce qu’on a laissé. » À ce ton , Mécène comprit que la décision d’Horace était prise et ne renouvela pas ses exigences. Il savait que l’amitié demande une certaine égalité entre les personnes qu’elle lie.  En  préservant  sa liberté et la dignité de son caractère, il s’élevait au rang de prince au même titre que son bienfaiteur. C’est ainsi  qu'il passa de protégé, à  ami de Mécène. 

 

« Je prends mes repas, disait-il, devant des dieux Lares qui sont à moi : Ante Larem proprium vescor ! » Avoir un foyer, des dieux domestiques, fixer sa vie dans une demeure dont on est le maître, c’était le plus grand bonheur qui pût arriver à un Romain ; Horace avait attendu d’avoir plus de trente ans pour le connaître.
  Le soir, il recevait à sa table les propriétaires des environs qui n’avaient pas pour unique conversation, comme les snobs de Rome, de parler des courses ou du théâtre. Ils traitaient de questions concrètes, et leur sagesse  s’exprimait volontiers en proverbes. Dans ces dîners  on se fichait du protocole,  tout y était frugalité. On méprisait les lois du code de la bonne compagnie.  . Chacun mangeait à sa faim et buvait à sa soif ; c’étaient, dit Horace, des repas divins : "O noctes cenæque Deum "« Chez moi, disait-il, je m’accommode de tout ; mon petit vin de la Sabine me paraît délicieux ; je me régale avec des légumes de mon jardin assaisonnés d’une tranche de lard. Mais, une fois que j’ai quitté ma maison, je deviens plus difficile, et les fèves, toutes parentes qu’elles sont de Pythagore, ne me suffisent plus » Il s’accusait « de n’aimer que Rome, quand il était à Tibur, et de songer à Tibur, dès qu’il se trouvait à Rome.». 

Dans l’épître  à son fermier, Horace le persuade qu’il n’est pas nécessaire, pour être heureux, d’avoir un lieu de boisson à proximité de chez soi « Quant à moi, lui dit-il, tu sais que je suis aujourd’hui conséquent avec moi-même, et que je ne m’éloigne d’ici qu’avec tristesse toutes les fois que d’odieuses affaires me rappellent à Rome  ».Horace survécu à Virgile dont il disait « qu’il ne connaissait pas d’âme plus candide que la sienne et qu’il n’avait pas de meilleur ami  ! » Le grand succès de l’œuvre posthume de Virgile ne dut le consoler de sa perte car il regrettait le mystère que portait en lui cet homme inspiré. Mécène, le prince d'Etrurie qu’il aimait tant, lui donna de la tristesse. Ce favori de l’empereur, ce roi de la mode, dont tout le monde enviait la fortune, finit par être très malheureux par sa faute en épousant sur le tard une cocotte et d’en devenir très amoureux. Elle lui donna des rivaux, et, parmi eux, l’empereur lui-même, dont il n’osait pas être jaloux. Lui, qui avait tant ri des autres donnait aux Romains la comédie à ses dépens. Son temps se passait à quitter Térentia et à la reprendre : « Il s’est marié plus de cent fois, disait Sénèque, quoiqu’il n’ait eu qu’une femme[ . » À ces tracas intérieurs se joignirent les maladies.. Pline nous dit qu’il passa trois années entières sans pouvoir dormir. Comme il supportait mal la souffrance, il désespérait ses amis par ses plaintes. Horace, qu’il entretenait toujours de sa fin prochaine, lui répondait en beaux vers : « Toi, Mécène, mourir le premier ! toi, l’appui de ma fortune, l’ornement de ma vie ! Les dieux ne le permettront pas et je n’y veux pas consentir. Ah ! si le destin hâtant ses coups me ravissait en toi la moitié de mon être, que deviendrait l’autre ? Que ferais-je désormais, odieux à moi-même et ne me survivant qu’à demi ? » Horace lui-même se sentait vieillir et il  n’aimait pas la vieillesse, et il en a fait un tableau  morose dans son Art poétique. Il était de petite taille et il avait pris de l'embonpoint. Ses cheveux était devenus blancs assez rapidement; ces signes l'avertissaient de son âge avancé : « Mes cheveux qui commencent à blanchir, disait-il, m’avertissent de ne pas chercher de querelle. Je n’aurais pas eu tant de patience du temps de ma bouillante jeunesse, sous le consulat de Plancus. » Puis, c’était Néère elle-même qui refusait de venir  . Il trouvait qu’elle avait raison et qu’il était naturel que l’amour préférât la jeunesse à l’âge mûr . Horace avait la conviction que la poésie permettait d'éviter la mélancolie: « Un homme que protègent les Muses, disait-il, jette aux vents qui les emportent les soucis et les chagrins  . » Il savait ne se révolter contre les maux inévitables. « Quelque pénibles qu’ils soient, on les rend plus légers en les supportant. » Il acceptait  avec résignation la vieillesse, parce qu’on ne peut pas s’y soustraire et qu’on n’a pas encore trouvé le moyen de vivre longtemps sans vieillir.

La mort par conséquent  ne l’effrayait pas et pour l'oublier il conseillait au contraire d’y penser toujours. « Ne comptez pas sur l’avenir. Croyez que le jour qui vous éclaire est le dernier qui vous reste à vivre. Le lendemain aura plus de charme pour vous si vous n’espériez pas le voir. 

Omnem crede diem tibi diluxisse supremum ;

Grata superveniet quae non sperabitur hora.

Jamais Horace n’a été plus calme et plus maître de son esprit  dans les ouvrages de son âge mûr. Les dernières lignes écrites dans la vallée de la Licenza en Sabine sont les plus solides et sereines qu’il ait écrites.

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