Chantal Ravel, « Est-ce que cela a existé ? »,
photographie d’Evelyne Rogniat,
Jacques André Editeur, Lyon, 58 pages, 12 Euros.
Chantal Ravel sait que tout poète digne de ce nom comprend l’Un que dans son rapport à l’autre. Le vide qu’il laisse ne peut se pénétrer : d’où jusqu’au doute de son existence que souligne le titre du livre dont les poèmes s’ennoblissent au creux de la simplicité. Pourtant cette simplicité est loin d’être facile : ce n’est pas un départ mais un aboutissement. Car il faut attendre, aller longtemps à la dérive du vent qui sculpte l’eau (comme les photographies d’Evelyne Rogniat le souligne) pour l’atteindre. Il convient aussi de se laisser aller en cette langue des sons qui arrache aux petites musiques de nuit afin de faire entendre des sons imperceptibles et sourds qui n’ajoutent rien ne retranchent rien mais déplacent notre façon d’entendre.
L’entente d’un partage entre la poétesse et son lecteur passe selon par un tel rituel qui s’éloigne de la fausse cérémonie des aveux. Du secret de l’auteur au nôtre, la confidence du premier au second ne tient pas lieu de clé des maisons obscures des êtres. La promiscuité du témoignage est suffisamment distanciée pour écarter les émois personnels de l’auteure : la gravité de l’abandon prend une autre force de révélation. S’éprouve la proximité de zones qui ne s’atteignent pas dont le lecteur a rarement été aussi proche. Il lui faut consentir à considérer le secret inaccessible là où l’écriture possède la grâce particulière de contenir une sorte d’extase douloureuse et la fascination de l’enfance.
JPGP