Le domaine de la philosophie
se ramène aux questions suivantes :
1) Que puis-je savoir ?
2) Que dois-je faire ?
3) Que m'est-il permis d'espérer ?
4) Qu'est-ce que l'homme ?
A la première question répond la métaphysique,
à la seconde la morale, à la troisième la religion, à la
quatrième l'anthropologie. Mais au fond, on pourrait tout
ramener à l'anthropologie, puisque les trois premières
questions se rapportent à la dernière.
Car sans connaissances on ne deviendra jamais
philosophe, mais jamais non plus les connaissances ne
suffiront à faire un philosophe, si ne vient s'y ajouter une
harmonisation convenable de tous les savoirs et de
toutes les habilités jointes à l'intelligence de leur accord
avec les buts les plus élevés de la raison humaine.
De nos jours : les problèmes théoriques dépassent les
termes de la méthodologie et même de l’épistémologie, ce
sont ceux du rapport global de notre pensée aux faits et
aux choses. Certes la philosophie conserve sa vocation
millénaire de l’étude des catégories. Cependant il y a une
mutation de sens, c’est plus de culture gnoséologique
qu’il faudrait parler au sens d’être branché sur les
pratiques sociales, de conserver sa fonction critique
essentielle, elle est faite pour fonctionner comme
aventurière du concept et donner le sens universel de
connaissances établies en dehors d’elle par les divers
apports scientifiques.
La grande question aujourd’hui est celle du pouvoir du
factuel, la hantise et l’observation du toujours plus vite :
les péripéties de la bourse, des ordinateurs allant
toujours plus vite, des satellites plus hauts, des réseaux
sociaux nous avisant en temps réel des événements et
ensuite :
ballotés par les événements, le poids médiatique des
idéologies de légitimation, l ’omniprésence médiatique
des représentants politiques, les citoyens sont ballotés
par les phénomènes sans recul suffisant et méthodes
d’analyse permettant de décrypter le réel, l’interpréter
pour le transformer..
L’avenir du 3 éme millénaire sera celui : non pas de
philosophe de métier enseignant dans des amphis
géants, délivrant la bonne parole en se gargarisant d’un
langage inaudible pour le citoyen ordinaire, mais de
l’apprentissage citoyen à la fonction lucide et critique
citoyenne dès le plus jeune âge et progressivement y
compris dans les filières dites scientifiques; ceci pour
apprendre à philosopher sans se dire philosophe, sans
prétendre inventer un modèle, mais en en vivant la vie,
les vies dans leurs mouvements et contradictions pour
en vivre le sens et la totalité.
Copyright Guy CREQUIE
Ecrivain à finalité philosophique