IV
SONNET DE LA SEMOIS
Mon cœur ne m'appartient plus, tu l'as emporté,
Mais cœur amoureux qui bat ne bat qu'un moment :
Tous les hommes sont faits de chair, d'os et de sang.
C'est pourquoi seul, poussé par le Sort, condamné
À courir les routes sans rien qui plus ne batte
Au sein de ce corps qui, pourtant, sans cœur avance
Et dont sans larmes les yeux saignent en silence,
Espérant que l'Épée sur sa nuque s'abatte,
Je sème en cheminant les miettes de mon âme.
Comme dans un dernier et triste épithalame,
Je chanterai ces vers d'une voix brusque et forte :
Ainsi jusqu'au sommet des saules les plus fiers
Ma voix s'élèvera mourante dans les airs
En ce refrain final : Or notre amour est morte.
extrait de
AU PAYS DE LA SEMOIS
François Mougin
Belgique