Extrait du futur livre de Nelly Koehren sortie pour décembre 2015, elle sera dans la revue d'Art'en Ciel 24....
ALEXANDRIE
Alexandrie, les balles de coton,
Les petits chevaux, les charrettes,
Alexandrie, de sable et d’ocre,
Et cette ombre au bord de la lumière,
Frontière incertaine que Midi fait vibrer.
Alexandrie, avec ses livres,
Son héritage grec
Et un nouvel écrin pour les accueillir Tous.
Alexandrie, pur éclat
Où flotte l’âme d’Hypatie,
A deux pas du Soleil,
Alexandrie, berceau de la Mémoire.
CLEFS (1)
De méchants chats s’écharpent,
Griffes ressorts sorties.
Un gentil chien s’échappe
Et prend la clef des champs,
Clef de sol, clef de fa,
Clef d’ut pour le hautbois,
Point d’orgue pour souffler.
Un cheval le rattrape
Au galop galopant
Sur le matin chemin
Cheminant de cailloux
Puis le perd dans les houx.
L’allitération salvatrice
M’aide à tenir le coup
Et l’absurde des mots
Tient la clef de mes songes.
CLEFS (2)
Il y a des clefs, il y a des serrures ;
Il y a des serrures, il y a des clefs.
Il y a des clefs dans les serrures
Et des serrures autour des clefs.
Il y a des clefs qui enferment ;
Il y a des clefs qui libèrent.
Tout est dans tout
L’un est dans l’autre
L’autre est dans l’un
Et l’un et l’autre sont dans Tout.
VOYAGE
Vous êtes les invités
De mon dernier voyage.
Partir ailleurs avec vous,
Ah, les belles vacances !
Images fugitives,
Sourires entrevus,
Partir avec vous comme en rêve,
N’être plus rien
Que l’essence du songe,
Comme dans un Watteau,
Rien qu’un souffle un peu flou,
Des tâches de couleur
À peine impressives,
Une chambre à Venise
Au bord de la lagune.
Je rêve à cet effleurement,
À cette densité dans l’imperceptible,
La légèreté
De vos vies mêlées à la mienne.
DISSYMETRIE
Serviteur de la Connaissance,
Tes doigts affinent la matière.
Roseaux fragiles,
Ils font ployer sur l’Infini,
La flûte de Pan
Qui courbe les marais.
Serviteur de la Connaissance,
Tu guettes, tapie dans le creux des cellules,
L’insondable Vérité
Comme une bête palpitante.
Tu sais que le vent
Fait et défait les rêves
Sur la lande inquiète de ne pas trouver d’horizon.
Mais tu sais aussi
Que même la parfaite plénitude
D’une symphonie de Mozart
Contient cette note déchirée, et sensible,
Qui interroge le hasard
Et dont la merveilleuse dissymétrie
Appelle une âme toujours plus belle
Et toujours plus compliquée.
BATEAUX, CRIEZ !
Bateaux, criez !
Jetez vos âmes sur la mer !
Le souffle haletant du rivage
Ne pourra pas river vos ancres.
Un grand vent s’est levé.
Vos ailes se déploient
Entre ciel et mer.
Vous volez doucement,
Mi-oiseaux, mi-poissons.
Vos ventres bordés d’yeux
Répandent des faisceaux
Sur l’eau brouillée du jour.
ACCENT CIRCONFLEXE
Accent qui déchire,
Qui égratigne,
Qui blesse.
Accent du gouffre
Et de l’abîme
Qui creuse les rivières
Et les rend plus intimes,
V à l’envers,
Inversement des sources
Pour effleurer le ciel.
Extrait du futur livre de Nelly Koehren sortie...
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