Paul Sanda, « Tribute to Patricia Barber », Trident neuf éditeur, 17 rue Saint-Bernard, Toulouse. Non paginé.
Poète, vociférateur et plasticien, Paul Sanda confie au café noir de ses nuits des guirlandes de mots vers l’artiste américaine Patricia Barber afin de procéder son éloge. Lui écrire permet à
l’auteur de vider son sac tout en créant un hymne au jazz en un texte scansion. Ce « tribute » poétique devient une sorte de lumière oblique qui joue avec celles de Patricia Barber
comme avec sa pénombre qui parfois la noya en un presque au revoir tacite au monde. Elle est « sauvée » par la note bleue du Jazz qui, comme la vraie poésie, vient du ventre et non du
cerveau. En un tel apologue (et dérive) surgit une sorte de tempo particulier au sein de la pluie et du béton. De la nuit aussi mais sa présence est vaincue par des mots-notes qui envoûtent
plus qu’ils ne séduisent.
Le directeur de « La maison des Surréalistes » trouve ainsi - comme dans son texte ancien « Ludi funèbres » - un moyen de tramer la vie grâce à un chant étrange qui nous
permet de quitter la cellule sans barreaux mais avec si peu d’horizon de nos vies. Amour et absence, musique et silence, lumière et pénombre jouent face au temps afin que nous en prenions
conscience. Afin aussi que la chair ne soit pas une vue de l’esprit et ne se vive que dans l’éloignement :
« Dans l’harmonie de deux chairs l’espace n’existe pas ».
écrit Sanda. Leur réunion, et c’est l’ambition du livre, forment plus la note bleue, le « la » de l’ici même, de l’ici bas, du quoi vivre. Que demander de plus à la poésie ?
Elle scande ici, plus que le passé, l’éphémère qui bat. Elle met en nudité sans ne jamais faire appel au moindre voyeurisme et devient la nouvelle forme de l’injonction de Char :
“ Serai-je avec qui j'aime ? O, ne pas qu'entrevoir ! ”.
En surgit de l’existence et non pas de ces discours qu’on peut coller dessus comme du Sparadrap.